L’autre jour, je scrollais LinkedIn dans le métro et je suis tombé sur un mec en costume trois pièces posté devant sa Porsche, légende : « J’ai licencié mon meilleur commercial ce matin. Voici pourquoi c’était la meilleure décision de ma vie ». 847 likes. J’ai failli lâcher mon téléphone.

Voilà où on en est.

Le personal branding, ça veut encore dire quelque chose ?

Franchement, à force de voir passer ce genre de posts, on finit par se demander si le personal branding n’est pas juste devenu une grosse blague entre cadres qui se prennent au sérieux. Certains observateurs du milieu parlent carrément d’un « sketch » qui ne serait plus valorisé du tout, et LinkedIn qui glisserait doucement vers un truc à mi-chemin entre Instagram et un concours de mytho pro — presque autant de décalage qu’entre le monde du gaming, où des casques corrects à moins de 100€ ont fait leur grand retour, et les étiquettes hors de prix d’il y a encore deux ans.

Perso, je pense que c’est plus nuancé que ça. Le problème n’est pas le personal branding en soi. Le problème, c’est ce que les gens en ont fait.

Le vide stratégique derrière la mise en scène

Un truc revient souvent chez ceux qui bossent vraiment le sujet : beaucoup utilisent le personal branding pour masquer un énorme vide de pensée stratégique. Traduction : t’as rien à dire, mais t’as un beau logo perso, une photo pro faite par un ami photographe, et une bio qui claque. Résultat ? Zéro. Enfin, quelques likes de collègues, mais niveau retombées business ou carrière, c’est le désert.

C’est un peu comme dans plein d’autres domaines où l’emballage a pris le pas sur le contenu (je pensais l’autre jour aux plateformes de divertissement en ligne, genre Lucky31, où finalement c’est l’expérience réelle et la fiabilité qui font la différence, pas les promesses marketing — un peu comme le retour d’expérience qu’on peut lire sur danielspagnou.fr à propos de tout un tas de sujets un peu de niche). Bref, le fond, toujours le fond.

Personal branding en 2026 : assurance-vie professionnelle ou grosse fumisterie ?

Pourquoi c’est quand même devenu une « assurance-vie »

Il y a une formule que j’ai entendue récemment et qui m’a marqué : le personal branding, ce serait devenu une forme d’assurance-vie pro. Je trouve ça très juste. Dans un marché du travail où on peut se faire remercier du jour au lendemain (coucou 2024-2025 et les vagues de licenciements dans la tech), avoir une audience, un réseau, une présence en ligne bien construite, ça change tout.

Quand tu te fais virer et que t’as 15 000 personnes qui te suivent, tu retrouves un job en deux semaines. Quand t’as rien, tu galères 6 mois sur des jobboards.

Ce qui marche vraiment (spoiler : pas ce que tu crois)

Le truc c’est que la plupart des gens font l’inverse de ce qu’il faudrait. Ils publient beaucoup, souvent, du contenu générique. Alors qu’en vrai, ce qui marche, c’est :

  • Avoir une ligne éditoriale claire, un angle, un point de vue défendable
  • Publier moins mais mieux (un post par semaine bien senti > 5 posts fades)
  • Assumer une position, même clivante, plutôt que de plaire à tout le monde
  • Construire dans la durée — on parle en années, pas en mois
  • Interagir vraiment avec les gens, pas juste balancer du contenu et se barrer

Et surtout : savoir de quoi on parle. Ça paraît bête à dire mais c’est là que 80% des personal brands s’écroulent. Y’a rien derrière.

Personal branding « à l’ancienne » vs approche 2026

J’ai essayé de mettre au clair ce qui a changé ces dernières années. Parce que oui, ça a changé, et pas qu’un peu.

Aspect Version 2018-2020 Version 2026
Ton dominant Motivation, hustle, « morning routine 5h » Recul, honnêteté, aveux d’échec
Format roi Post texte long avec storytelling forcé Contenu court, carrousel, vidéo brute
Ce qui fait crédible Titre pompeux + photo pro Preuves concrètes, cas clients, résultats
Fréquence Quotidien, spam friendly Régulier mais espacé, qualité > quantité
Objectif réel Devenir « influenceur » Sécuriser sa carrière, ouvrir des portes

Ce qui saute aux yeux quand tu regardes ce tableau : on est passé d’une logique de spectacle à une logique de crédibilité. Enfin, pour ceux qui ont capté. Les autres continuent à poster leurs citations de Steve Jobs le lundi matin.

Le cas particulier des RH (et pourquoi ça les concerne à fond)

Un truc qu’on oublie souvent : les professionnels RH ont un intérêt énorme à bosser leur personal branding. C’est même leur arme secrète, selon des spécialistes du recrutement.

Pourquoi ? Parce que les meilleurs candidats ne postulent plus via des annonces. Ils se laissent approcher par des recruteurs qu’ils suivent déjà, dont ils apprécient le contenu, en qui ils ont confiance. Si t’es RH et que t’as zéro présence en ligne, tu joues avec un handicap énorme face à un concurrent qui, lui, a construit son audience.

Concrètement, on fait quoi ?

Si je devais résumer ce qui marche vraiment pour quelqu’un qui part de zéro, ça donnerait à peu près ça :

  • Choisir un sujet ultra précis plutôt qu’un truc vague. Pas « leadership » mais « management des équipes tech de moins de 10 personnes »
  • Écrire comme tu parles, pas comme un communiqué de presse
  • Documenter ce que tu fais, pas inventer une expertise que t’as pas
  • Accepter d’être moyen au début (les 50 premiers posts sont toujours mauvais, c’est comme ça)

Et ne jamais, JAMAIS, poster de photo de soi en train de « réfléchir » devant un tableau blanc rempli de flèches et de post-it. S’il vous plaît.

Alors, on continue ou on lâche l’affaire ?

Moi je pense qu’on est à un moment charnière. Le personal branding version cringe, celui où tu racontes ta vie avec des morales à deux balles, il est mort. Ou en train de mourir. Tant mieux.

Ce qui reste, et qui devient même plus précieux qu’avant, c’est la capacité à exister professionnellement sans dépendre uniquement de ton employeur. Avoir un nom qui circule. Une réputation. Des gens qui pensent à toi quand ils ont un besoin.

Ça, ça n’a jamais été aussi utile. Et ça n’a jamais été aussi accessible pour ceux qui veulent bien mettre les mains dans le cambouis pendant deux ou trois ans.

Après, si t’as juste envie de poster ta Porsche louée devant un Airbnb à Dubaï, fais-toi plaisir. Mais bon.

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